Fact-checking au Cameroun : ce que j’ai appris en formant quinze journalistes à vérifier l’information

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Si j'ai animé la partie contextuelle et éthique de la journée, c'est l'équipe de DataCheck qui a donné aux participants leurs premiers vrais outils.

Il y a des journées qui vous transforment. Le 29 mai 2026, debout devant quinze journalistes, blogueurs et créateurs de contenus réunis à Douala pour le Pré-SALEMI 2026, j’ai eu la confirmation que ce travail : former, sensibiliser, et mobiliser est le plus beau que je puisse faire. Faux documents administratifs, vidéos sorties de leur contexte, rumeurs qui partent de WhatsApp pour envahir Facebook, la désinformation au Cameroun a un visage bien précis. Et ce jour-là, nous avons appris ensemble à lui résister.


J’ai commencé par une question simple : Vrai ou faux ? Et j’ai vu les visages hésiter. Pas par ignorance, mais par honnêteté. Parce qu’on ne sait jamais vraiment, au premier regard, si une information est vraie. Et c’est exactement là que tout commence.

La désinformation commence sur WhatsApp


Je leur ai dit ce que j’observe depuis des années : au Cameroun, la désinformation ne commence pas sur Facebook. Elle commence sur WhatsApp. Dans les groupes familiaux, dans les groupes de quartier. Quelqu’un reçoit un message, le transfère sans vérifier. Un courageux le publie ensuite sur Facebook, un autre capture et amène sur X. Et voilà une rumeur qui devient une « information ».


Ce qui est bouleversant, c’est que la plupart des gens qui partagent n’ont pas de mauvaises intentions. Ils croient faire du bien, ils pensent rendre service. C’est ça, la mésinformation : partager une chose fausse en croyant sincèrement qu’elle est vraie.


Mais il y a aussi ceux qui savent. Ceux qui prennent une vidéo d’un politicien, sortie de son contexte, pour discréditer un adversaire. Ceux qui fabriquent de faux documents administratifs avec des cachets convaincants pour arnaquer des chercheurs d’emploi. Ceux-là, c’est de la désinformation intentionnelle, calculée, dangereuse.

Photo de moi dans des explications. C : Class Pro

Le jour du présentateur et de la prostate


Il y a une histoire que je raconte souvent parce qu’elle illustre parfaitement pourquoi le fact-checking n’est pas une option. Un jour, un jeune présentateur dans une émission très suivie affirme en direct que faire l’amour 21 fois par mois permettrait de prévenir le cancer de la prostate. L’audience applaudit, l’info part sur les réseaux, elle circule et se propage.


En décidant de vérifier, j’ai contacté des gynécologues, des sexologues, des spécialistes de l’OMS. La première question qu’on m’a posée ? « Vous vérifiez ça ? Vous gagnez quoi ? » Cette question m’a traversée. Parce qu’elle dit tout sur la culture de l’information dans laquelle on vit.

Vérifier est encore vu comme une perte de temps.
Pourtant j’ai publié mon article. Mis à jour avec les sources médicales. Et j’ai appris quelque chose d’essentiel ce jour-là : la pluralité des sources n’est pas une option, c’est une obligation. Une seule source, même sérieuse, ne suffit pas. C’est en croisant, en questionnant, en revenant sur l’article pour l’actualiser qu’on construit une information solide.

Photo de moi expliquant les étapes de vérification de cette déclaration. C : Class Pro

Ce que Marthe et Gilles ont apporté


Si j’ai animé la partie contextuelle et éthique de la journée, c’est l’équipe de DataCheck qui a donné aux participants leurs premiers vrais outils. Marthe NDIANG, rédactrice en cheffe de DataCheck, a conduit une démonstration pratique des techniques de fact-checking méthodique, concrète, ancrée dans des cas camerounais réels.

Marthe Ndiang dans des discussions avec les participants. C : Class Pro

Keumeni Gilles, développeur fullstack, a guidé le groupe dans la prise en main de MYDATACHECK, l’outil de vérification développé par DataCheck. Et Vera, l’outil de la ResponseTech, a complété la boîte à outils.
Voir des journalistes et des blogueurs manipuler ces outils pour la première fois, vérifier une image, retrouver l’origine d’une vidéo, c’est quelque chose. Le déclic sur les visages, ça ne se simule pas.

Gilles Keumeni, en pleine démonstration d’utilisation de l’outil MyDataCheck. C : Class Pro

Ce que j’ai dit à ces quinze personnes


Je leur ai dit que vérifier est un acte démocratique. Que chaque information non vérifiée qui circule fragilise un peu plus la confiance dans nos institutions, dans nos médias, dans nos voisins. Que la désinformation ne connaît pas la race, la langue, le métier. Elle touche tout le monde, partout.


Je leur ai dit aussi que si tu ne peux pas vérifier, la meilleure chose à faire est de ne pas partager. Parce que ne pas partager une fausse information, c’est déjà agir.
J’aime prendre l’exemple des déchets plastiques. Si je ramasse mon emballage après avoir mangé ma banane ou que je le mets dans mon sac au lieu de le jeter par terre c’est un tout petit geste. Mais si chacun fait ce tout petit geste à Douala, à Limbé, à Bafoussam, quelque chose change. Les petites actions, multipliées, transforment les choses. Il en est de même avec l’information.

Vue d’ensemble de la salle de formation. C : Class Pro

Et le SALEMI dans tout ça ?


Cet atelier n’était qu’une suite. Le Pré-SALEMI 2026, c’est la phase de préparation du grand rendez-vous : le SALEMI (Salon Africain de l’Éducation aux Médias et à l’Information) que Class Pro organise du 8 au 10 octobre 2026 à Douala. Un événement qui se tiendra en amont dans la Semaine mondiale de l’EMI reconnue par l’UNESCO.


Ces quinze participants sont désormais les premiers ambassadeurs de ce mouvement. Ils se sont engagés. Et moi, je suis rentrée ce soir-là avec la conviction renouvelée que ce travail : former, sensibiliser, et mobiliser est le plus beau que je puisse faire. Parce que vérifier, c’est respecter ceux à qui on s’adresse.

Avec toute ma passion et mon esprit critique !

Badal

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Badal Fohmoh

Journaliste • Autrice • Blogueuse • Militante EMI • Fondatrice de Class Pro

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