1er Parlement Panafricain des Jeunes pour la Démocratie : Accra, terre de parole et d’action

Partagez cet article

Ce lundi 3 août 2026, dans l'ence

Il y a des journées qui comptent. Pas parce qu’elles sont parfaites, mais parce qu’elles disent quelque chose de vrai sur le moment que nous traversons. Ce lundi 3 août 2026, dans l’enceinte du Parlement d’Accra, le 1er Parlement Panafricain des Jeunes pour la Démocratie a officiellement ouvert ses portes. Et j’y étais.

Moi, lors de ma présentation au parlement. C : Fondation de l’innovation pour la démocratie (avec son accord)

C’est sous le soleil d’Accra, dans l’enceinte symbolique du Parliament Training Institute du Ghana, que s’est ouvert ce lundi 3 août 2026 le 1er Parlement Panafricain des Jeunes pour la Démocratie. Un moment historique, porté par la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie et co-organisé avec Parliamentary Network Africa, qui rassemble des jeunes leaders venus de toutes les régions du continent africain et de sa diaspora.

Un continent en salle

Avant même que les débats commencent, c’est la diversité du groupe qui frappe. Autour de la table : une doctorante sénégalaise, une activiste malgache, un artiste et défenseur des droits humains congolais, un vice-président de l’Assemblée nationale des jeunes de Côte d’Ivoire, une juriste burkinabè engagée pour les droits humains, une communicatrice ghanéenne spécialisée dans le développement de la jeunesse. Et bien d’autres encore, venus de chaque région du continent et de sa diaspora.Ce n’est pas une conférence de plus. C’est un continent qui se retrouve, dans une langue commune : celle de l’engagement.

Photo prise lors des discussions. C : Fondation de l’innovation pour la démocratie (avec son accord)

Née à Praia, accomplie à Accra

Ce Parlement a une histoire. Elle commence en 2024, lors des premières assises africaines de la démocratie à Praia, au Cap-Vert, où quinze jeunes ambassadrices et ambassadeurs ont commencé à imaginer cet espace collectivement. Deux ans plus tard, quatre d’entre eux (Épiphane Ndjoré, Badal FOHMOH, Moubinatou Djibrilla et MOKTAR Sylla) étaient présents à Accra pour voir leur vision prendre vie, non pas pour en occuper les sièges, mais pour ouvrir la place à d’autres.

Arlande Aroukoun l’a rappelé avec une clarté désarmante : ils n’ont pas conçu cet espace pour y siéger eux-mêmes. Ils l’ont conçu pour que d’autres puissent s’y asseoir, exercer leur leadership et faire avancer le continent. C’est cela, a-t-elle souligné, la vraie manière de construire une nouvelle version de l’Afrique. Non pas en gardant les chaises pour soi, mais en s’assurant que les bonnes personnes pourront les occuper après nous.

Une démocratie qui tient ses promesses ?

La journée n’a pas esquivé les questions difficiles. L’une des intervenantes les plus attendues, ancienne cadre d’une institution panafricaine, récemment sortie de son rôle pour se consacrer à pousser les murs de systèmes non conçus pour les jeunes a livré une analyse lucide et sans concession.

Son constat : les cadres normatifs existent. Les déclarations sur la participation des jeunes sont nombreuses. Mais leur mise en œuvre reste largement insuffisante. Et cette fracture entre les promesses institutionnelles et le vécu quotidien des jeunes produit un phénomène inédit sur le continent : une jeunesse qui, loin de se désintéresser de la démocratie, en tire la conclusion rationnelle que le vote seul ne change pas les conditions de vie. Ils ont voté, l’électricité a continué de manquer. Ils ont voté, les écoles ont continué de se dégrader. Ils ont voté, la corruption a perduré.

Ce n’est pas de l’abstention par indifférence. C’est une réponse logique à une architecture démocratique qui n’a pas démontré sa capacité à produire des résultats concrets dans leur vie.Pour autant, elle n’a pas conclu sur un constat d’échec. Car en parallèle, une autre réalité existe : des jeunes qui, ne trouvant pas de plateformes institutionnalisées, en créent elles-mêmes. Ce Parlement Panafricain est précisément l’une de ces réponses.

Valeurs, identité et confiance en soi

Un autre temps fort de la journée est venu de Scyrielle Sensé Etali, intervenante de la diaspora, formé en France, elle a livré un message à la fois personnel et universel. Grandir entre deux cultures, dit-elle, donne parfois une longueur d’avance. Mais elle comporte un risque : oublier d’où l’on vient, adopter les valeurs des autres au détriment des siennes. Son message aux parlementaires était direct : restez ancrés dans vos valeurs, soyez confiants, et ne confondez pas la facilité avec la réussite. La nuit ne dure pas toujours, mais c’est à chacun de tenir jusqu’à l’aube.

Scyrielle Sensé Etali lors de sa prise de parole. C : La fondation de l’innovation pour la démocratie (avec son accord)

Une journée construite sur trois mouvements

Le programme de cette première journée était dense et cohérent. Après une cérémonie d’ouverture officielle en présence de représentants du Parlement ghanéen, du Ministère de la Jeunesse et de l’Autorité Nationale de la Jeunesse du Ghana, les travaux ont démarré avec une grande conversation sur l’histoire du panafricanisme et l’engagement politique des jeunes aujourd’hui.

L’après-midi a donné lieu à deux ateliers parallèles : l’un consacré aux leçons des mouvements Gen Z à travers le continent, l’autre aux enseignements des campagnes politiques portées par des jeunes en Afrique. L’objectif commun : identifier des recommandations concrètes, pas des déclarations d’intention.La journée s’est clôturée par une Agora des idées, restitution collective facilitée par Arlande Aroukoun, coordinatrice du jury et pilier de ce Parlement depuis ses origines à Praia.

L’essentiel de cette première journée

Je suis venue à Accra comme déléguée. Je repars chaque soir avec quelque chose de plus : la certitude que les débats qui ont lieu ici ne sont pas symboliques. Ils sont le reflet d’une génération qui réfléchit sérieusement, qui formule des propositions, et qui est prête à assumer sa part de responsabilité dans la transformation démocratique du continent.

Je participe au 1er Parlement Panafricain des Jeunes pour la Démocratie en tant que déléguée de la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie. Sa participation a été rendue possible grâce au soutien de Youth Democracy Cohort (YDC).

Democratiquement vôtre,

Badal

Partagez cet article

Badal Fohmoh

Journaliste • Autrice • Blogueuse • Militante EMI • Fondatrice de Class Pro

Cet article vous a éclairé ?

Le journalisme indépendant a besoin de soutien.  Offrez-moi un café symbolique.

5 1 vote
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x