Allier la maîtrise des médias à l’éducation à la santé menstruelle : c’est le pari réussi de trois jours d’ateliers intenses entre Yassa et le Bano Palace. Retour sur une expérience humaine bouleversante où jeunes filles en situation de handicap, mamans et hommes se sont unis pour briser les tabous et faire de la prise de parole un outil d’émancipation.
Si on m’avait dit, il y a quelques années, que je me retrouverais dans une salle du Bano Palace à manipuler des protections hygiéniques, à rire et à parler ouvertement de sang menstruel avec des mamans, des jeunes filles vivant avec un handicap et même des hommes attentionnés… j’aurais probablement souri avec incertitude.
Pourtant, c’est exactement la magie qui s’est opérée ces trois derniers jours.

Photo prise lors de la formation. C : Bresdel
Du media training à la voix des femmes : poser les bases à Yassa
Tout a commencé au siège de l’association à Yassa. Deux journées intenses consacrées au media training et à la prise de parole. L’enjeu était de taille : donner aux participantes les clés pour structurer leur pensée, affirmer leur voix, faire face à une caméra ou un micro, et transformer leur vécu en un message percutant.
Mais la technique n’est rien sans le fond. Et le fond, nous l’avons abordé à bras-le-corps au Bano Palace lors de la journée de clôture.

Photo prise lors de la formation. C : Bresdel
Un raz-de-marée de cartons rouges » : déconstruire les préjugés sur le handicap
« Une fille handicapée n’a pas besoin d’éducation menstruelle. »
Lorsque cette phrase a été lue dans la salle pour notre jeu de vote, un raz-de-marée de cartons rouges s’est levé. Dans ce geste collectif, j’ai ressenti une force incroyable. Une jeune participante l’a exprimé avec tellement de justesse :
« Toute fille a ses règles. Pourquoi la priver du droit de comprendre son corps et de vivre dans la dignité ? »

Photo des travaux de groupe. C : Badal FOHMOH
Témoignages poignants : le courage de briser le silence
Ce jour-là, les langues se sont déliées. J’ai été profondément touchée par ces histoires partagées sans filtre :
L’engagement des hommes : ce jeune homme qui a raconté comment il a dû apprendre à prendre soin de sa sœur après son accident, devenant aujourd’hui un père prêt à épauler sa fille sans la moindre gêne.
Le vécu du handicap visuel : cette participante déficiente visuelle qui nous a raconté, avec une sincérité désarmante, la confusion de ses premières règles arrivées en plein repas, avant d’être enfin éclairée à l’école.
Le pacte intergénérationnel : et ces mamans, autrefois prises au piège du silence ou de la sévérité héritée de leurs propres parents, qui ont pris l’engagement de changer les choses pour leurs filles.
Maîtriser son corps pour mieux faire entendre sa voix
Allier la maîtrise des médias à l’éducation menstruelle, c’est exactement cela : offrir les outils pour comprendre son corps, puis donner la parole pour exiger le respect de ses droits. On a manipulé des serviettes jetables et lavables, démystifié l’usage des tampons, dessiné le cycle menstruel et parlé de la gestion du stress. Sans honte, sans détour.
En sortant de cette salle, je me suis faite une promesse : continuer d’utiliser ma plume et ma voix pour que plus aucune jeune fille, quel que soit son handicap, ne rase les murs parce qu’elle a ses règles. La parole est un super-pouvoir, et nous venons d’en rallumer la flamme.
Avec sororité,
Badal