Il y a des moments dans une vie de militante où le temps semble s’arrêter quelques secondes. Des moments où l’on réalise que chaque combat mené sur le terrain, chaque atelier animé et chaque ligne écrite trouvaient soudain leur sens dans une enceinte continentale.
Ce moment-là est arrivé lorsqu’on m’a tendu le micro pour me demander : » Badal, qu’aimerais-tu voir figurer dans la Déclaration d’Accra ? »
La prise de parole : Poser l’urgence sur la table
En prenant la parole devant l’assemblée des jeunes parlementaires, je n’ai pas hésité. J’ai parlé de mon champ de bataille. J’ai posé, sans détour, la réalité du défi informationnel qui frappe nos nations : les coupures d’Internet à répétition, les discours de haine, la manipulation et cette désinformation qui empoisonne la confiance citoyenne.

Moi, au moment de ma prise de parole . C : Fondation de l’innovation pour la démocratie
Face à la tentation de la censure ou de la répression, j’ai rappelé l’urgence d’une réponse éducative et axée sur les droits humains : l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) et la garantie des droits numériques. J’ai partagé l’ambition et la vision de la Déclaration de Douala sur l’EMI et j’ai projeté notre cap vers le SALEMI (Salon Africain de l’Éducation aux Médias et à l’Information), prévu du 8 au 10 octobre au Cameroun.
Quand je me suis tue, les applaudissements qui ont suivi ont fait vibrer quelque chose de fort en moi. Voir l’ensemble de mes pairs reconnaître que ce sujet n’était pas juste « une question parmi d’autres », mais une problématique transversale et vitale pour toute l’Afrique, a été une immense source de fierté.
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Face caméra : Un chemin parcouru depuis Praia
Un peu plus tard, c’était au tour de Mme Arlande de me tendre le micro devant la caméra. En tant que jeune ambassadrice et membre ayant pensé et écrit chaque étape de ce parlement depuis le début, elle m’a interrogée sur notre vision, nos objectifs et nos prochaines étapes.Tout avait commencé lors des Assises Africaines de la Démocratie à Praia. Voir aujourd’hui ce projet prendre vie ici au Ghana, un pays au poids si symbolique en matière d’indépendance et de démocratie, était un moment d’émotion pure. C’était la concrétisation de plusieurs mois de travail collectif pour offrir à la jeunesse continentale un espace de pouvoir réel.
L’effet de vague : De la plénière à la pause café
Le plus beau n’était pas seulement devant les caméras ou en salle de débat. Il s’est prolongé dans les couloirs.Pendant la pause café, la salle s’est transformée en un espace d’échanges passionnés. Des délégués, y compris ceux qui travaillaient dans d’autres commissions sont venus vers moi :« Badal, parle-nous encore du SALEMI ! »« Est-ce qu’il y a des prises en charge pour les participants ? »« Est-ce qu’on pourra suivre et intervenir en ligne ? »
C’est aussi à ce moment qu’une jeune parlementaire, très engagée sur les enjeux climatiques, est venue me trouver. À ma grande surprise, elle a lancé à haute voix devant les autres à quel point elle me trouvait engagée et « célèbre » dans les combats que je mène ! Elle avait pris le temps de faire des recherches sur mon parcours avant de venir et m’a confié en être très admirative, ajoutant avec un grand sourire qu’elle allait désormais me suivre de près sur mes réseaux sociaux pour continuer d’apprendre de mes actions. Ce genre de reconnaissance spontanée entre pairs donne une énergie incroyable pour la suite.
L’action informelle : Semer les graines du réseau
Un autre moment fort de ces journées s’est joué en marge des sessions officielles, autour d’un échange spontané avec des jeunes venus d’Afrique de l’Ouest (du Bénin, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et de Mauritanie).
Ce qui devait être une simple discussion informelle s’est très vite transformé en un débat passionnant sur les droits numériques et la gouvernance. Lorsqu’ils m’ont entendu parler de la Youth Democracy Cohort (YDC), leurs yeux se sont éclairés. Ils voulaient savoir comment nous rejoindre, comment faire porter leurs voix et comment intégrer ces dynamiques régionales. Pouvoir servir de pont, transmettre et susciter ces vocations d’engagement, c’est peut-être la plus belle victoire de ce séjour à Accra.

Des brochures YDC que j’ai partagé avec tous ces jeunes. C : Badal FOHMOH
Bâtir la suite
Je rentre d’Accra avec la certitude que les lignes bougent. Notre vision sur l’EMI et les droits numériques est désormais gravée dans la Déclaration d’Accra, avec cet objectif ambitieux de certifier 50 % de la jeunesse africaine d’ici 2030, à travers la bourse d’Emi. Un projet ambitieux de Class Pro.
De Douala à Accra, et très bientôt de retour à Douala pour le SALEMI du 8 au 10 octobre, l’histoire est en marche. Et ce n’est que le début.
Passionnément vôtre,