Début octobre 2025, à Dakar, j’ai assisté à bien plus qu’un sommet sur le fact-checking. J’y ai vu des femmes et des hommes tenter de protéger ce qui reste fragile : la vérité, la parole, la démocratie. Voici ce que ces deux jours ont remué en moi
Une deuxième fois, je me préparais à prendre part au #AfricaFactsSummit. Et cette fois-ci, Dakar devrait nous accueillir. Et comme toujours, chaque voyage vient avec son lot d’émotions : joie, peur, stress, attente interminable, découragement, doute…
J’avais reçu le mail m’annonçant la sélection de mon idée d’exposition deux mois plus tôt. Dans mes préparations, je suis passée par plusieurs sentiments… Mais j’ai tenu bon. Je souhaitais exposer VOFEM (Voix des Femmes et Filles Médiatrices), le programme féministe que nous avons lancé en mars 2025 avec Class Pro. Je nourrissais l’ambition de le montrer au monde, et là, l’occasion m’était offerte. Je ne voulais pas la gâcher. Entre dépliants à réaliser, roll-up à renouveler, stickers à confectionner et bien sûr, les polos à designer, je voulais que tout soit parfait. Je n’avais certes pas d’argent pour tout ce besoin, mais j’ai été stratège. Et nous avons tout eu. 🥰

Douala – Dakar : ma première déception
Comme je le disais plus haut, chaque voyage apporte son lot d’excitation. Cette fois-ci, je voulais être différente. Différente en habillement, différente en posture, en perception. Et par coïncidence, ma mère a choisi mes vêtements de voyage. 😂😂😂 Je ris parce qu’après, elle m’a fait une remarque : une leader n’expose pas son ventre. Le mien n’était même pas exposé, regarde toi-même la photo ci-dessous….

On a discuté et après sa bénédiction, direction l’aéroport international de Douala. Embarquement, décollage puis atterrissage à Lomé. C’est ici que la déception est née.
Alors que nous devrions fait une brève escale, le contraire s’est produit. Nous avions mis plus de 2h à attendre notre vol pour Dakar. Ce qui me soulageait ? Des visages familiers rencontrés en salle d’attente, et qui allaient aussi à Dakar pour le sommet. Je pense à Fotso Fonkam, Dr Hemes Nkwa, Paul Joël, Marthe Diang, Noël Tadegnon, Desmond Ngala et tous les autres. Moïse a eu de la chance et a pris de l’avance. Pour calmer les ardeurs et comme le veut la réaction de la compagnie en ces circonstances, des repas nous ont été offerts.

Arrivée à Dakar à 23h, j’ai rejoint ma chambre d’hôtel à 1h passé. Le temps de se débarbouiller et s’en dormir, il était l’heure du sommet.
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Dakar, début octobre
La chaleur, le bruit, les salutations rapides dans les couloirs. Et cette sensation familière : être exactement là où je devais être. L’Africa Facts Summit n’était pas nouveau pour moi. J’y étais déjà venue avec mes convictions, mon parcours, mes combats. Mais cette 4ᵉ édition a résonné autrement. Peut-être parce que le monde est plus bruyant. Peut-être parce que la vérité, aujourd’hui, se défend à mains nues. Pendant deux jours, plus de 200 personnes venues d’une vingtaine de pays africains se sont retrouvées autour d’une même urgence : comment résister à la désinformation quand elle devient systémique ?
Je n’y étais pas juste pour moi, j’avais aussi emporté les convictions de Augustine Ndiaye. Mon amie, soutien et partenaire de première heure concernant Classe Pro. Je devrais parler et projecteur le programme Alabuga Start. La supposée opportunité d’embauche des africains en Russie…
Deux jours pour respirer la vérité
Pendant deux jours, entourée de fact-checkers, journalistes, chercheurs, activistes et pédagogues venus de toute l’Afrique, et du monde, j’ai ressenti quelque chose de rare : la certitude de ne pas être seule à croire que la vérité se construit, s’enseigne et se protège. On y a parlé d’intelligence artificielle, de deepfakes, d’outils capables de déjouer les manipulations les plus sophistiquées.
Mais au fond, ce n’est pas la technologie qui m’a le plus marquée. Ce sont les récits, les récits de journalistes du Sahel travaillant sous pression constante. Les silences imposés par la peur, les vides informationnels qui deviennent des terrains fertiles pour la désinformation. Et cette évidence, encore et encore : la désinformation épouse toujours les fragilités locales.

Quand la désinformation vise les femmes
Un moment m’a particulièrement remuée : les échanges sur la désinformation genrée. Parce que derrière les concepts, il y a des corps, des visages, des trajectoires brisées, des femmes harcelées, diffamées, menacées jusqu’à se taire. Des filles réduites au silence avant même d’avoir pris la parole. J’ai reconnu là des combats que je mène depuis des années.
Et j’ai compris, une fois de plus, pourquoi je ne pouvais pas séparer éducation aux médias, droits des femmes et démocratie. Ce panel ne m’a pas laissée indifférente. Au contraire, il a renforcé mes convictions.
VOFEM, exposer plus qu’un projet : une conviction
À Dakar, j’ai eu l’honneur de présenter et d’exposer VOFEM – Voix des Femmes et Filles Médiatrices, le programme que je porte avec Class Pro et qui me tient profondément à cœur. Sur notre stand, VOFEM n’était pas qu’un projet affiché, c’était une conversation vivante.
Des échanges sincères sur le leadership féminin en contexte de crise, des questions, des reconnaissances, des envies de répliquer l’initiative ailleurs. La preuve que former des femmes et des filles à l’esprit critique, à la médiation et à la lecture du monde n’est pas un luxe, mais une urgence.
VOFEM a trouvé écho à Dakar, et cela m’a confortée dans cette certitude : l’EMI devient puissante lorsqu’elle rencontre les vécus.

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La vérification ne suffit pas sans l’éducation
Ce sommet m’a rappelé une chose essentielle : le fact-checking est indispensable, mais il ne peut pas être solitaire. Comme l’a souligné Mouminy Camara, la vérification est une pierre angulaire du journalisme. Mais elle doit devenir un réflexe citoyen.
Et un réflexe, ça s’apprend. Ça se transmet, ça se cultive. Sans éducation aux médias, même les meilleurs outils restent hors de portée. Sans esprit critique, la vérité arrive souvent trop tard. Et même le dessin de presse, y joue un rôle central.

Je suis repartie de Dakar fatiguée, oui. Mais surtout renforcée. Renforcée dans mes engagements, dans mes choix, dans cette idée que l’EMI n’est pas un champ secondaire, mais un front démocratique majeur.
À travers #JeunesVoixCritiques, à travers VOFEM, à travers Class Pro et mon écriture, je poursuis le même fil :donner aux citoyennes et citoyens africains les moyens de comprendre, de questionner et de ne pas céder.
Dakar m’a rappelé que la vérité ne crie pas toujours. Parfois, elle murmure, et nous devons apprendre à l’écouter.
Avec toute ma gratitude,
Badal
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