En 2025, au cœur d’une campagne sur la démocratie et le numérique, j’ai choisi de ne pas parler seule. J’ai préféré écouter, transmettre, et laisser émerger des voix jeunes, critiques et responsables. Dans ce billet, je te conte l’histoire de #JeunesVoixCritiques, un projet né d’une conviction simple : le numérique peut encore servir la démocratie.
Tu sais, il y a des messages qu’on ouvre machinalement. Des messages qui arrivent quand on s’y attend le moins, mais qui nous arrêtent net. Celui-ci est arrivé sans bruit, sans teaser. Une sollicitation parmi d’autres, pensais-je. Je l’ai lu rapidement. Puis, je suis revenue en arrière. J’ai relu, lentement. Relu encore avant de sauter. 😂
Mon engagement, mes contenus et ma voix trouvaient écho. Tu t’imagines ? Quand j’ai terminé la lecture du mail et j’ai vu signé communication officer, European Partnerships for Democracy (EPD): mon cœur a fait un boom. Ce genre de battement de cœur auquel on reste insensible après une nouvelle. Ce mail, ce n’était pas seulement une invitation à participer à une campagne. Pour moi, c’était une reconnaissance. Et surtout, une responsabilité.
La Youth Democracy Cohort ou YDC (Cohorte Démocratie Jeunesse) me proposait de rejoindre la campagne « Militants numériques », dans le cadre du projet Digitalise Youth. Une initiative autour des droits numériques, de la désinformation et de l’espace civique. Mais au-delà des mots-clés, une chose m’a frappée : les jeunes étaient au centre.

Comment aurais-je pu dire non ? 😅 De toi à moi, comment aurais-je pu ? Alors, j’ai dit oui. 😂🤧
J’ai dit oui, sans hésiter. Parce que je savais ce que j’avais à dire. Et surtout, parce que je savais qu’il y avait des dizaines d’autres jeunes, autour de moi, qui avaient besoin d’un micro.
Donner un micro à des voix, pas de leçons
Suite à cet échange, on m’a demandé de proposé un projet dans l’esprit du Digitalise Youth. Alors, j’ai voulu créer un espace, pas imposer une parole. J’ai voulu mettre en lumière d’autres voix, actives, résilientes, chacunes dans son domaine. J’ai donc proposé une nouvelle initiative : la campagne #JeunesVoixCritiques, une campagne pensée comme une caisse de résonance pour les aspirations démocratiques et numériques des jeunes du Cameroun.

Le Cameroun entrait doucement dans une période électorale. Et comme souvent, les réseaux sociaux devenaient plus bruyants, plus tendus. Les rumeurs circulaient plus vite que les faits. La colère trouvait facilement un clavier, les intentions se prêtaient à tort et à travers…Le plus flagrant c’est qu’au milieu de tout cela, il y avait les jeunes, les femmes, des communautés…Omniprésents en ligne, mais rarement accompagnés et très peu critiques.
Je ne voulais pas leur dire quoi penser. Comme on dit souvent : moi qui d’abord ? 😂 Je voulais leur donner des outils pour choisir comment penser. Et je me suis dit qu’en mettant en lumière d’autres jeunes, le message passerait plus facilement. C’est ainsi qu’est né #JeunesVoixCritiques. Un projet simple dans sa forme, mais exigeant dans son intention : créer du contenu engagé autour des droits numériques, de la lutte contre désinformation et du rétrécissement de l’espace civique. Il fallait explorer comment former des jeunes à l’éducation aux médias et à l’information pour qu’ils deviennent des militants numériques conscients, critiques et responsables.
Je n’ai pas choisi des influenceurs, ni des porte-voix. Mais des sentinelles. J’ai choisi de donner la parole à celles et ceux qui, chaque jour, vivent le numérique comme un espace d’expression, mais aussi parfois de violence.
Dix jeunes, une même urgence
Oui oui, nous étions dix : Atchinale, Tamara, Florline, Arouna, Paola, Erica, Loïc Patrick, Marthe… et moi.
Nous étions dix jeunes militants numériques camerounais. Dix parcours, dix feux allumés. Chacun avec ses convictions, ses colères, ses vœux. Nous menions certes des combats multiples, mais tous portés par un même canal : le numérique. Dix trajectoires différentes, dix sensibilités. Mais une même inquiétude : le numérique peut libérer, mais il peut aussi blesser, diviser, manipuler. Le plus important : il peut amplifier, sensibiliser. Il n’y a pas eu d’ateliers, de brainstorming. Non, on n’en a pas fait. Plutôt que d’organiser des ateliers, j’ai invité chacun à raconter, témoigner, expliquer à travers des vidéos, des infographies, des billets de blog, des portraits. Un flux numérique, à hauteur de jeunes, pensé pour sensibiliser, éduquer, faire réfléchir.
On y a parlé de désinformation, de discours de haine, de cyberviolence. Mais aussi de citoyenneté numérique, de responsabilité, d’engagement, de droits humains, des droits des filles,de climat, de technologies assistées d’IA… Il n’y a pas eu de cours magistral, mais beaucoup d’échanges, de narrations, de preuves et de prises de conscience.

Ce projet, je l’ai porté avec mes convictions, ma propre association, Class Pro, l’a soutenue, l’Association des Blogueurs du Cameroun (dont je suis secrétaire générale), la communauté des Jeunes Ambassadeurs de la Démocratie de la fondation de l’innovation pour la démocratie, dont j’en fais également partie, et d’autres jeunes qui ont apprécié la campagne dès les premiers contenus.
Ces militants, je les ai vus arriver réservés, craintifs. Même si j’en connaissais personnellement quelques uns. Je les ai vus repartir plus assurés, heureux d’avoir contribué et impatients de voir les résultats. Chacun avait droit à deux vidéos (courtes et longues), deux vidéos de trois minutes maximum pour dire ce qui compte.Trois minutes pour dire son engagement, pour parler de démocratie, de numérique, de responsabilité, d’engagement et surtout de ces actions quotidiennes. Ces vidéos n’étaient pas parfaites mais sincères. Elles disaient la peur, l’espoir, la colère, la compassion parfois. Mais surtout, elles disaient : nous sommes là, nous sommes humains et jeunes comme vous. En les regardant, j’ai compris que ma voix n’était plus seule. Elle avait trouvé des échos.Débattre, puis écrire ensemble.
La campagne s’est achevée par un webinaire sur le thème :« Jeunes, numérique et démocratie : quels rôles pour nous ? » Une discussion ouverte, sans posture, sans jugement. Un espace pour parler vrai.Nous avons invité d’autres jeunes, aussi engagés et militants. Ce webinaire était un prolongement de la campagne.

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Le reflet de mon propre parcours
En les écoutant, je me suis reconnue. Je me suis vue dans chacun de leurs témoignages : jeune, femme et camerounaise. Dans chacune de leurs prises de parole, je voyais mon clavier citoyen. Dans chacune de leurs infographies, je voyais ma plume militante. Je voyais l’envie de comprendre et de ne pas se taire. Je les ai vu dire à l’écran ce qu’ils refusent de relayer, ce qu’ils veulent défendre, ce qu’ils s’engagent à incarner en ligne.Les jours d’enregistrement, je n’étais pas formatrice mais j’étais témoin. #JeunesVoixCritiques n’était pas juste une campagne, c’était un passage.
La campagne a démarré le 15 septembre 2025, journée mondiale de la démocratie, et s’est achevée le 5 décembre. Entre les deux : des vidéos, des infographies, des billets de blogs, un webinaire… et surtout, des consciences éveillées.

Je dis toujours que je ne suis pas au centre de ce projet, je suis une passeuse. Et j’ai fait ce qu’il fallait. J’ai rappelé que nos clics peuvent encore devenir des actes.
Alors, à ce moment-là, peut-être que le numérique pourrait encore être un lieu de démocratie.
Et toi, crois-tu en ma posture de passeuse de voix, passeuse de lumière ? Et si on élargissait ce projet ?
Avec toute ma conviction et mon engagement,
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