Porter la voix de l’Afrique au conseil mondial de la MIL Alliance UNESCO

Partagez cet article

Cette élection est le fruit d’un chemin collectif. Le résultat des recommandations, des votes, des soutiens parfois silencieux, mais surtout des motivations intimes et des convictions profondes.

Je n’ai pas été élue pour briller, mais pour répondre. Je suis une femme de medias engagée devenue actrice globale de l’EMI. Et cette eleection vient renforcer ma credibilite, a l’intersection de l’Afrique, du numérique et des démocraties contemporaines. Parce que l’éducation aux médias est une responsabilité politique et citoyenne

Quand j’ai reçu le mail m’annonçant mon election, je n’ai pas applaudi, je n’ai pas exulté, je n’ai pas pensé en termes de carrière, j’ai posé ma main sur ma bouche et j’ai crié. Oui, j’ai crié si bien que j’ai embrassé le monsieur qui était proche de moi avant de m’excuser par la suite. 😂 L’émotion était palpable, contagieuse. Il m’a embrassé de nouveau, m’a félicité avant de me demander la raison de ma joie. J’étais contente, très contente et puis, j’ai consulté le document joint au mail pour découvrir les autres membres. J’étais surtout très heureuse de revoir Blaise Pascal Adzongo, un leader EMI que j’affectionne énormément et qui m’inspire par son travail.

C: Badal Fohmoh

Après, j’ai respiré car j’étais à l’institut français du Cameroun et mon heure de rendez-vous était proche. J’ai respiré parce qu’être élue représentante géographique de l’Afrique au conseil d’administration mondial de la MIL Alliance UNESCO, ce n’est pas un trophée à exposer. C’est une charge à assumer.

Ce n’est pas une victoire personnelle

Je n’ai pas été élue pour être visible, ni pour incarner une success story individuelle. Non, je n’ai pas été élue pour représenter un pays, une organisation ou un parcours singulier. J’ai été élue pour porter une voix collective.
Une voix multiple, parfois dissonante, souvent marginalisée. La voix d’un continent où l’information circule vite, mais où l’esprit critique reste fragile. Celle d’un continent où les réseaux sociaux façonnent les imaginaires plus vite que l’école. Où les jeunes sont connectés, mais rarement protégés. Où les femmes prennent la parole, souvent au prix du harcèlement, du discrédit ou du silence imposé.

J’ai été élue pour ces gens, pour des convictions précises, des narratifs à changer, et surtout; des réalités à adapter au monde. Ce matin, lorsque j’ai lu la publication de Adeline Hulin, la chef de service éducation aux médias et à l’information de l’UNESCO, je me suis dit:

Tiens FOHMOH, tu fais un travail admirable. Félicitations pour ta résilience et ton engagement constant. Allez, vas-y ma chérie, tu peux. Vas-y, le monde te regarde et t’attend.

C: Badal Fohmoh

L’éducation aux médias n’est pas neutre

Je le dis sans détour : l’éducation aux médias et à l’information n’est pas un champ neutre. Former à l’EMI, c’est apprendre à douter sans sombrer, à vérifier sans humilier, à débattre sans détruire. C’est… je vais dire… politique, au sens le plus noble du terme.

Dans des contextes marqués par la désinformation, les tensions électorales, les récits polarisants et les inégalités numériques, l’EMI devient un outil de soin démocratique. Elle répare, elle apaise, elle redonne du pouvoir aux citoyens. Du pouvoir conscient.

Lire aussi: Lettre à celles et ceux qui ont marché avec moi en 2025

Class Pro, du terrain au global

Quand j’ai fondé Class Pro en 2022, je ne pensais pas aux instances mondiales. Je pensais terrain, je pensais jeunes, je pensais femmes, je pensais urgences africaines (camerounaises), je pensais sensibilisations. C’est fou ce qui a été accompli jusqu’ici.

Aujourd’hui, Class Pro est présente dans plusieurs pays d’Afrique de et des Caraïbes. Elle coordonne des formations, des campagnes digitales, des programmes régionaux autour de la citoyenneté numérique, de la lutte contre la désinformation et de la participation démocratique. Et je crois que cette élection ne m’éloigne pas du terrain, elle m’y rattache davantage.

Elle m’oblige à faire le lien entre les réalités locales et les stratégies globales. À traduire l’Afrique sans la simplifier, à la défendre sans la folkloriser, à l’ancrer dans les dynamiques mondiales.

Ce que je veux défendre au sein du Conseil mondial

Mon engagement au sein du Global Board est clair.

Je veux contribuer à : – renforcer la voix africaine dans sa diversité linguistique, culturelle et politique ;
– favoriser la coopération entre acteurs francophones et anglophones du continent ;
– placer les jeunes, les femmes et la société civile au cœur des stratégies MIL ;
– valoriser les initiatives africaines à l’échelle mondiale ;
– promouvoir une gouvernance inclusive, transparente et collaborative.

Pas pour être d’accord avec tout. Mais pour participer à des décisions justes.

Je ne suis pas arrivée seule.

Cette élection est le fruit d’un chemin collectif. Le résultat des recommandations, des votes, des soutiens parfois silencieux, mais surtout des motivations intimes et des convictions profondes.

Je pense à Mondoblog, cet espace qui a forgé ma plume.
À l’Association des Blogueurs du Cameroun, où j’ai appris la rigueur collective et la responsabilité partagée. À Defyhatenow, qui m’a formée en fact-cheking et fait découvrir l’EMI, aux réseaux africains de l’EMI et citoyens souvent invisibles, mais profondément actifs.

Je pense à celles et ceux qui m’ont lue avant de me croire. Ce siège oblige. Oui, parce qu’être élue, ce n’est pas parler plus fort, c’est parler plus juste, écouter davantage, résister parfois mais construire souvent, toujours. Je n’ai pas été élue pour briller, mais pour répondre. Répondre aux attentes, aux urgences, aux silences, aux challenges quotidiens.

Malgré tout, je reste une femme de mots. Une femme de médias, je reste une blogueuse engagée, une journaliste une formatrice, une militante de l’esprit critique.

Ce siège ne m’élève pas au-dessus.
Il m’ancre plus profondément. Et ça, c’est le plus important.

Avec responsabilité, gratitude, humilité et lucidité,

Badal Fohmoh

Partagez cet article

Badal Fohmoh

Journaliste • Autrice • Blogueuse • Militante EMI • Fondatrice de Class Pro

Cet article vous a éclairé ?

Le journalisme indépendant a besoin de soutien.  Offrez-moi un café symbolique.

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
trackback
8 mois il y a

[…] projet, je l’ai porté avec mes convictions, ma propre association, Class Pro, l’a soutenue, l’Association des Blogueurs du Cameroun […]

1
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x