Cinq jours à Abidjan : la conviction, le kedjenou et ce qu’on ne planifie pas

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Je n'avais pas prévu d'aimer Abidjan autant. J'y allais pour le travail. Abidjan m'a offert quelque chose que les agendas ne prévoient pas : des moments vrais.


Cinq jours : une valise rose, une chemise à carreaux. Et Abidjan qui m’attendait sans que je sache encore tout ce qu’elle allait me donner. J’y allais pour un forum sur les droits numériques. Je suis rentrée avec des rencontres qui comptent, des livres qui ont voyagé de main en main, du kedjenou plein le cœur et la certitude que l’Afrique, quand elle se retrouve, est quelque chose de puissant.

Affiche de ma session. C : Paradigm Initiative

Je n’avais pas prévu d’aimer Abidjan autant. J’y allais pour le travail : une session à animer, un forum à rejoindre, des idées à défendre. Je suis repartie avec tout ça, et bien plus. Abidjan m’a offert quelque chose que les agendas ne prévoient pas : des moments vrais.


Avant même de partir : la valise des autres


Quand on voyage avec deux valises autorisées et qu’on n’en a qu’une de 8 kg, on devient naturellement passeur de bonheur. Mama Émilie, ma cousine préférée, installée à Abidjan avait une liste : bâtons de manioc, haricots rouges, tapioca, koki, ndolè… Ces denrées qu’on ne trouve pas facilement sous d’autres cieux, et qui gardent un goût de maison. Ma grande sœur s’est chargée des courses à Douala. Les miondos manquaient ce jour-là, ce n’est pas grave, avait dit Mama Émilie. Mais le reste était là, soigneusement emballé, voyageant avec moi via Lomé jusqu’au Radisson Blu. Le ndolè au frais dès l’arrivée. Les petites choses qu’on fait naturellement, sans y penser, parce que c’est ça aussi, la solidarité entre nous.


Le #DRIF26 ou les droits numériques comme terrain commun


Du mardi 14 au jeudi 16 avril 2026, Abidjan accueillait le Digital Rights Inclusion Forum, le #DRIF26, organisé par Paradigm Initiative autour d’un thème fédérateur : Construire des futurs numériques inclusifs et résilients. J’y étais pour trois jours intenses, encadrés par une cérémonie de lancement le lundi et un départ matinal le vendredi.


J’y animais une session qui me tenait à cœur : L’EMI comme bouclier des droits numériques : autonomiser les jeunes et les femmes pour construire des avenirs numériques résilients en Afrique. Un titre long pour un sujet que je porte depuis des années sur le terrain.
La salle n’était pas immense. Mais elle était vivante. Les questions fusaient, le public engagé, curieux, parfois exigeant. C’est exactement pour ça qu’on fait ce travail. On ne cherche pas les grandes salles. On cherche les vraies conversations.

Une photo de l’écran d’annonce de ma session. C : Badal FOHMOH

À mes côtés, Épiphane, coordinateur pays Class Pro Côte d’Ivoire, homme de terrain, ambassadeur de la démocratie. On s’était croisés à Praia, aux premières Assises africaines de la démocratie. Le lien n’avait jamais rompu. Il est aussi reparti avec un exemplaire de mon livre. Certaines rencontres méritent d’être prolongées autrement.


Les rencontres qu’on n’oublie pas


Il y a des personnes qu’on connaît depuis longtemps sans jamais les avoir vues. Le numérique crée ces liens étranges et précieux. Aristide Kanga et son collègue des Bénévoles de l’EMI. Tairu de la cellule anti fake news, Kenmogne de Digital Access Cameroun. Le #DRIF26 nous a offert ce que les réseaux ne peuvent pas donner : une poignée de main, un regard, un sourire. La preuve physique que la communauté EMI africaine existe, résiste et avance.


Cyriac, d’Africtivistes, l’un des pionniers du numérique sur le continent. Se retrouver à Abidjan, après Dakar, était une vraie joie. On a parlé de Class Pro, du SALEMI, de l’avenir. Il m’a dit son admiration pour mon engagement et mon travail. Ces mots-là, venant de lui, comptent.


Desmond aussi était là, parti de Yaoundé pour le #DRIF26, il porte DefyHateNow au Cameroun et dirige Civic Watche. Je lui ai remis un exemplaire de mon livre. Et en le lui donnant, j’ai repensé à tout ce que cette rencontre représentait. C’est grâce au programme #AffCameroon qu’il porte que ma relation avec les médias a basculé. C’est là que j’ai découvert le fact-checking, l’éducation aux médias et à l’information. C’est là que quelque chose a commencé en moi. J’en parle dans le livre, justement. Lui remettre cet exemplaire, c’était une forme de gratitude incarnée.


Fidèle Kitsa, de Soma Media Lab en RDC, m’a demandé d’offrir un exemplaire à son compatriote de Goma, Fazili. Diery Habibou, autrice de Résister à la désinformation : Journal d’une fact-checkeuse sénégalaise, m’en a demandé un également, à transmettre à sa compatriote Aminata Mbaye. Mon livre circulait, il trouvait ses lecteurs. Il y a quelque chose de profondément émouvant à voir ses mots voyager ainsi, de main en main, d’un pays à l’autre.


Et puis Suzy, ma grande sœur de toujours, venue pour le MASA, arrivée juste à la fin de ma session. Juste le temps d’être là. Ces petits gestes de solidarité comptent énormément.

Un montage de ces moments de retrouvailles. De gauche à droite, Aristide et moi, Cyriac et moi, Épiphane et moi, la dédicace à Diery, Desmond feuilletant les premières pages du livre, la dédicace à Fidèle. C : Des participants/moi-même


Un détour burkinabé


Au fil des jours, j’ai aussi rencontré des Burkinabés. L’un d’eux m’a invitée au Centre des Nations Unies pour les Réfugiés Burkinabés à Abidjan. Le résident était tellement heureux de rencontrer une Camerounaise. Il m’a confié être passé à Dschang quelques semaines plus tôt. Le Cameroun comme point de connexion inattendu, au cœur d’Abidjan. Il m’a invitée à manger du Garba, ce plat ivoirien à base de thon et d’attiéké que les Burkinabés de la diaspora ont adopté comme leur. Une table, des langues différentes, des histoires qui se croisent. L’Afrique dans ce qu’elle a de plus vivant.


Mama Émilie, chambre 428


Le soir du 14, mama Émilie a quitté son bureau pour passer me voir à l’hôtel. Chambre 428.
Mama Émilie, c’est ma cousine, ma cousine préférée. Maternelle, compréhensive, généreuse. Le genre de personne qui fait que même à des milliers de kilomètres de chez soi, on se sent en famille. Se retrouver à Abidjan, loin de Douala, dans cette chambre d’hôtel, c’était une de ces douceurs inattendues que le voyage offre parfois.
On a parlé comme on parle quand on a grandi ensemble et qu’on a des vies bien remplies. Elle a acheté quatre de mes livres : un pour elle, trois pour ses filles : Sheryl, Sarah et Joyce. J’ai dédicacé avec tout l’amour que j’avais. Le lendemain, j’apprenais leur réaction avec un grand sourire.


Au départ, la sœur de Marthe, une camarade de cours, m’a remis de l’attiéké et des vêtements pour Marthe. J’ai laissé du poivre blanc du pays en échange. Ces petits colis qui traversent les frontières dans nos valises, c’est toute une façon d’aimer les gens de loin.

Un montage de moi, mangeant du Garba et une photo de moi avec ma cousine. C : Badal FOHMOH

Une journée avec De Laure


On s’était rencontrées à Dakar, pendant le programme IMPULSE. Quand elle a su que j’étais à Abidjan, elle n’a pas hésité. « Ton agenda permet qu’on déjeune aujourd’hui ensemble ? Je t’invite. »
Deux Plateaux, Restaurant Jardiland. Un kedjenou de pintade accompagné d’attiéké , elle avait choisi pour moi, et elle avait bien choisi. On a mangé lentement, parlé de nos engagements dans les médias, de nos parcours, de nos doutes et de nos certitudes. Ces conversations-là nourrissent autrement.
Après, De Laure m’a embarquée dans sa voiture et Abidjan s’est déroulée comme un film. Sococé, le Trade Center, la RTI, la Riviera où vit Drogba, la mairie de Cocody avec le visage de Jean-Marc Yacé gravé dessus, le père de la célèbre Miss Olivia. Le nouveau pont, le MASA, où on a bu un café made in Côte d’Ivoire, acheté quelques souvenirs, ri, pris des photos.
Elle a commandé mon Yango avant qu’on se sépare. J’ai regardé Abidjan défiler par la fenêtre en rentrant, un peu nostalgique déjà.

Un petit montage des moments de la journée avec De Laure. C : Badal FOHMOH

Lire aussi : À Toubab, j’ai appris à me transformer pour mieux transformer


Ce que je ramène dans ma valise


La Côte d’Ivoire, c’est réellement un pays d’hospitalité. Développé, oui, bien mieux développé que mon Cameroun, dynamique, chaleureux. Je l’avais entendu dire. Je l’ai vécu. Je suis repartie avec des idées plein la tête, des liens renforcés, SALEMI 2026 en préparation et avec davantage de convictions, #JeunesVoixCritiques qui grandit. Des livres qui ont trouvé leurs lecteurs d’Abidjan à Goma, de Dakar à Ouagadougou.
Mais surtout avec ce sentiment rare : celui d’avoir été exactement là où il fallait être, au bon moment, avec les bonnes personnes.


Merci, Abidjan. On se reverra.

Avec toute ma nostalgie, Badal


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Badal Fohmoh

Journaliste • Autrice • Blogueuse • Militante EMI • Fondatrice de Class Pro

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2 Commentaires
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Cédric Aimé Fotso
Cédric Aimé Fotso
5 mois il y a

Beau récit de voyage comme toujours.

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