Le 25 avril 2026, à Douala, des journalistes et communicateurs se sont réunis pour apprendre à parler des menstruations autrement. J’y étais. Et pour moi, ce n’était pas un hasard.
Je n’ai pas assisté au premier jour. Mais ce que j’ai vécu le 25 avril 2026, dans la salle de l’Hôtel Vallée des Princes à Douala, suffit à comprendre pourquoi cet atelier était nécessaire. La Task Force Média organisée par l’association Elles Rayonnent Ensemble, dans le cadre du projet SOSO MEKI – Mon sang est digne, réunissait des journalistes et communicateurs autour d’un objectif simple à énoncer, mais difficile à tenir : parler des menstruations. Parler vraiment, sans chuchoter, sans euphémisme, sans gêne.

Petite capture. C : Badal FOHMOH
Pour moi, ce n’était pas une découverte. Je travaille depuis un moment déjà sur les questions de santé sexuelle et reproductive dans mes articles, et dans mon rôle auprès de l’association Handifiers où je gère la stratégie et les contenus de la campagne Dignité en rouge. Mais être dans cette salle, avec d’autres professionnels des médias qui s’engagent collectivement, c’était autre chose. C’était une confirmation.
Les hommes aussi ont leur place
Ce qui m’a le plus marquée lors de ce deuxième jour, c’est la session sur l’implication des hommes et des garçons dans la santé menstruelle. Parce que j’ai une histoire avec ça. Mes premières règles, je les ai vécues avec mon cousin Prosper, sur une moto, entre Bafang et Essoukou. Et c’est lui, un homme, qui m’a tenu le discours le plus bienveillant et le plus éclairé que j’aie jamais reçu sur les menstruations. Ce jour-là, sans le savoir, il posait les fondations de ma dignité menstruelle. Alors oui, les hommes ont leur place dans ce combat. Pas comme spectateurs, mais comme alliés.

Une photo de moi. C : Yolande Tsoumou
Lire aussi : Mes premières menstruations
Des chiffres qui ne mentent pas
Ce que cette Task Force Média construit, c’est une parole collective et responsable. Nous repartons avec un guide de communication, une feuille de route, et un engagement commun : ne plus traiter les menstruations comme un sujet de coin de couloir, mais comme ce qu’elles sont : un enjeu de santé publique, d’éducation, de droits humains.
Au Cameroun, des filles manquent jusqu’à 40 jours d’école par an à cause de leurs règles. Des femmes en situation de déplacement n’ont pas accès à des protections dignes. Dans les camps de réfugiés, 99% des femmes se sentent en danger dans les latrines communes. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont des vies.

Petite capture des réalités de la santé menstruelle au Cametoun. C : Badal FOHMOH
Après l’atelier, la responsabilité
Nous sommes repartis avec plus qu’un bloc-notes estampillé Soso Meki. Nous sommes repartis avec la responsabilité de nos mots. Parce que les mots qu’on choisit changent les vies qu’on raconte. En tant que blogueuse, journaliste et militante de l’éducation aux médias, je sais que l’information peut briser un tabou là où des années de silence ont tout figé. C’est exactement ce que ce projet ambitionne de faire et je suis fière d’en faire partie.

Selfie de famille. C : Joe Firmin
Parce que mon sang est digne, le tien aussi. Et il est temps que nos médias le disent.
Avec lucidité et amour, Badal.
[…] Lire aussi : Quand les médias décident que mon sang est digne […]