Après une immersion professionnelle à l’ESJ Lille et au sein de rédactions françaises, j’ai tenu à partager à Douala les enseignements tirés sur l’intelligence artificielle et le journalisme. Retour sur une restitution organisée un jeudi après-midi, entre contraintes du terrain et échanges essentiels.
Cette restitution, je tenais à l’organiser le 31 janvier 2026 mais aucune date n’était libre à l’institut français du Cameroun, à Douala. Alors, j’étais obligée de la reprogrammer pour février. J’étais déjà prête, mon contenu aussi. Notre professeur durant la formation à Yaoundé, Stéphane Rabut m’a aidée à affiner mon contenu. La date du 5 choisie, je n’avais plus qu’à communiquer dessus.

De Lille à Douala : transmettre au-delà de l’expérience
L’immersion à l’ESJ Lille n’était pas un simple voyage académique, géographique. Il y avait un passage, une traversée intérieure. Celle d’une journaliste africaine confrontée, de près, aux promesses et aux vertiges de l’intelligence artificielle. C’était une plongée dans des discussions très concrètes sur l’usage de l’intelligence artificielle en rédaction : outils d’assistance, automatisation, éthique, vérification, responsabilité.
Le deuxième jour de notre immersion à l’ESJ Lille, je me suis arrêtée devant la bibliothèque. Pas pour prendre une photo, mais pour respirer. Entre les étudiants concentrés et les rayonnages, il y avait quelque chose de rassurant : des livres, du papier, du temps long. À l’heure où l’IA promet de produire des articles en quelques secondes, cette lenteur avait presque valeur de résistance.

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Je venais de Douala, et Stéphanie de Yaoundé. Nous portions nos réalités africaines dans un espace académique européen où l’on réfléchissait déjà très concrètement aux usages de l’intelligence artificielle en rédaction. Alors, je me suis posée une question : que faisons-nous, nous journalistes africains, de ces mutations technologiques ?
Il ne suffisait pas d’apprendre, de voir ce qui se faisait là-bas. Pour moi, il était surtout question de partage. Je devais partager, restituer avec les autres. Avec ceux qui n’ont pas eu la même opportunité que moi. D’ailleurs, j’en parlais depuis la formation à Yaoundé.
Un jeudi après-midi, malgré le terrain
La restitution s’est tenue un jeudi après-midi à Douala. Un jour ordinaire, un jour de travail. C’était un jour où les journalistes sont en reportage, en conférence de presse, en bouclage.Je savais qu’il fallait tenir cette restitution. Je savais aussi que le timing ne serait pas idéal. Et pourtant, certains ont trouvé le moyen de se libérer. Et ça, je ne l’oublierai pas de si tôt.

Nous n’étions pas une foule. Mais nous étions engagés. Et parfois, la qualité d’un échange ne se mesure pas au nombre de chaises occupées, mais à l’intensité des questions posées, à la sincérité des échanges.
IA et journalisme : entre outil et vigilance
Lorsque j’ai pris la parole à Douala pour la restitution, je n’avais pas envie de faire un exposé technique. Je voulais ouvrir une conversation. Je voulais parler des outils, oui. Mais aussi des limites, des fake news, des deepfake, ddu risque d’un journalisme paresseux qui délègue trop…Ce que j’ai ressenti dans la salle, c’était une chose précieuse, exactement ce à quoi je m’attendais : la curiosité. Pas une fascination naïve pour la technologie, mais une volonté de comprendre.

Et c’est exactement cela, l’éducation aux médias : ne pas rejeter, ne pas idolâtrer, mais analyser.
Nous avons parlé concrètement de ces outils d’intelligence artificielle utiles aux journalistes, des risques de désinformation et de fake news, des enjeux de deepfake, du contrôle éditorial indispensable, de l’éthique, toujours centrale. J’ai tenu à y insister parce que l’IA change notre rythme, qu’on le veuille ou pas. Elle change nos méthodes de recherche, elle change notre rapport à la production.
Mais elle ne changera jamais :
– la nécessité d’un regard humain
– l’éthique journalistique
– la responsabilité éditoriale
– le courage de publier une vérité dérangeante
Le journalisme n’est pas une performance technique.
C’est un engagement.
J’ai également partagé avec mes confrères, quelques applications africaines, étrangères qui utilisent l’IA pour vérifier les informations : MyDataCheck, Akili, Myfactcheker IA, Vera…
Durant toute notre discussion, une chose est revenue avec force : l’IA peut assister, elle peut accélérer, elle peut même proposer. Mais elle ne vérifie pas sur le terrain, elle n’assume pas une erreur publiée. Oui, l’IA ne porte pas la responsabilité morale d’un article.
Et le journalisme, au fond, c’est cela : porter.

Ce que cette restitution m’a confirmé
Ce jeudi-là, à Douala, j’ai compris que l’enjeu n’était pas de choisir entre tradition et technologie. Je suis repartie de cette expérience avec plus de questions que de certitudes. Et je trouve que c’est une bonne chose. Parce que le danger n’est pas l’intelligence artificielle. Le danger, c’est l’absence d’esprit critique. J’étais surtout très heureuse que cet avis de soit largement compris.
L’enjeu est de former des journalistes capables d’utiliser l’IA sans s’y soumettre, d’où l’importance de la charte d’utilisation de l’IA dans les rédactions. De garder la main, le doute, de garder l’humain en fait. L’intelligence artificielle ne menace pas le journalisme. Mais l’absence d’esprit critique, oui.
De la bibliothèque de l’ESJ Lille à la salle de spectacle de l’institut français de Douala, le fil conducteur est resté le même : la responsabilité.
Nous n’étions pas une foule mais les retours sont plaisants.


L’IA peut générer du texte. Mais elle ne peut pas remplacer la conscience professionnelle. Et tant que nous continuerons à questionner, débattre et transmettre, le journalisme restera une affaire profondément humaine.
Avec toute ma passion,
Badal.