Du 13 au 15 janvier 2026, j’ai pris part à Douala, à une formation de formateurs en Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) dans le cadre du projet Cameroun Media Plus, financé par l’Union européenne au Cameroun. Une immersion collective réunissant journalistes et coordonnateurs de clubs journaux scolaires, au croisement du journalisme, de la pédagogie scolaire et de la citoyenneté.
Il y a des formations auxquelles on assiste. Et puis, il y a celles qui vous rappellent pourquoi vous avez choisi ce métier. Cameroun Media Plus fait partie de la seconde catégorie. Mis en œuvre par le consortium CFI, Eduk-média et la fédération internationale des journalistes, il allie pratiques journalistiques et pédagogies scolaires en mettant l’EMI au service des clubs journaux ou médias scolaires.

Pendant plusieurs jours, à Douala, nous étions journalistes et encadreurs scolaires réunis autour d’une même conviction : on ne forme pas des citoyens critiques sans former celles et ceux qui les accompagnent au quotidien. J’ai revu des camarades, et comme toujours, les retrouvailles font du bien. Je pense à Olivier Charly, Junior Haussin, Marie Gabrielle, Lauhik de l’écho des écoles, et celui que j’appelle affectueusement tonton Mathias. Naturellement, j’ai aussi revu Paul Joël, coordinateur de ce projet, Blaise Pascal et Fabrice, tous deux d’Eduk-média.
Revenir à l’essentiel : pourquoi l’EMI compte
Dans un environnement informationnel saturé, parfois violent, souvent confus, l’Éducation aux Médias et à l’Information n’est plus un luxe. C’est une nécessité démocratique.
Dès les premières sessions, une évidence s’est imposée : les clubs journaux scolaires sont des espaces puissants, mais encore trop sous-exploités. Ils peuvent être des lieux de simple animation… ou devenir de véritables laboratoires de pensée critique. Tout dépend de celles et ceux qui les encadrent.

Quand journalistes et enseignants parlent le même langage
L’originalité de Cameroun Media Plus réside dans cette approche que je trouve profondément juste : créer des binômes enseignant – journaliste. Deux métiers, deux cultures professionnelles, un objectif commun.
Dans cette combinaison, le journaliste apporte la rigueur, la méthode, l’éthique du terrain. L’enseignant, lui, garantit le cadre pédagogique, la continuité, l’ancrage scolaire. Et ensemble, ils ne transmettent pas seulement des techniques, ils transmettent une posture : questionner, vérifier, contextualiser, douter sainement.
Être journaliste… et redevenir apprenante
J’ai participé à cette formation en tant que journaliste chez MboaFoot, mais aussi avec mon regard de formatrice et de militante EMI. Et, comme souvent, j’y ai autant appris que partagé. Les modules sur la désinformation, le fact-checking, les discours de haine, le journalisme mobile ou encore l’écriture journalistique avec Annie Payep m’ont rappelé une chose essentielle : nos pratiques professionnelles doivent sans cesse se réinventer, surtout lorsqu’elles s’adressent à des jeunes. Former des formateurs, ce n’est pas figer des savoirs, c’est accepter de rester en mouvement.

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Des élèves au cœur du dispositif
Au bout de cette chaîne, il y a eux : les élèves. Grâce à cette formation, chaque binôme accompagnera des jeunes dans la production de contenus médiatiques responsables, ancrés dans leur réalité, attentifs aux enjeux citoyens. Des contenus qui feront l’objet d’une compétition EMI, pensée non comme une rivalité, mais comme une valorisation de l’engagement et de la créativité.
Former 200 élèves aujourd’hui, ce n’est pas anodin, c’est semer des graines de vigilance, de discernement et de confiance.
Ce que je retiens, personnellement
Je ressors de Cameroun Media Plus avec une certitude renforcée : l’EMI est un pont. Un pont entre l’école et les médias, entre les générations, entre l’information et la citoyenneté.
Dans un pays comme le Cameroun, où les défis informationnels sont immenses mais où l’énergie des jeunes est intacte, investir dans l’EMI, c’est investir dans l’avenir. Et tant que je pourrai prêter ma voix, ma plume et mon engagement à ces dynamiques-là, je le ferai.
Parce que former, c’est déjà résister. Et transmettre, c’est profondément politique.
Certains formateurs ont déjà commencé les sessions de mentorat avec les élèves de clubs journaux de leur binôme. Les miennes débuteront dès la première semaine de février, car ceux de mon binôme sont en pleine évaluation scolaire.
J’ai hâte de les rencontrer, d’échanger et d’apprendre à leurs côtés. Mais surtout, je suis impatiente de voir le projet qu’ils monteront pour le Hackathon EMI.
D’ici là, prends soin de toi et resté éveillé. L’esprit critique se construit au quotidien.
Avec toute ma lucidité,
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